Une porte qui se referme sur mon intimité


Je le dis sans prétention, je suis un des anciens blogueurs québécois. Je suis tombé en amour avec cette idée de partager, de questionner, de réfléchir, d’émettre des idées. Je bloguais sans que ce s’appelle ainsi. Je programmais mes billets en HTML, j’aimais ce principe de publier. Je le faisais un peu comme jusqu’à très récemment à visière levée, d’une façon très intime et authentique avec vous, je vous ouvrais doucement une porte sur ma vie, puis plus grande, je ne l’ai ensuite jamais refermée.

Je me suis foutu de qui entrait chez-moi, sur mes page, je n’ai jamais écrit en pensant à vous, ou si peu. Je vous ai parlé d’amour, de suicide, de santé mentale, de cabarets burlesque, de gens qui m’impressionnent, de solutions technos, d’injustice, de dégoût, de religion, de moi.

J’ai écouté vos commentaires, peu souvent ici, vous étiez plus discret que moi, souvent dans mes fenêtres de clavardage, j’ai répondu à vos questions, je me suis livré encore, j’ai joué le jeu d’une philosophie open book que j’ai longtemps persisté à croire comme étant aussi importante dans ma vie personnelle qu’en affaires. Je ne me suis pas rendu compte où j’ai pu lentement laissé glisser mes confidences dans mes billets jusqu’à devenir moi-même inconfortable de vous en dire autant. On a joué ensemble le jeu, et je suis le seul responsable de m’y être laissé prendre.

Ce nouveau chapitre de vie loin de vos yeux et de vos oreilles

Je ne vous ai jamais empêché de critiquer ma vie. D’abord parce qu’elle l’est critiquable, comme celle de chacun d’entre-nous. J’ai cru et crois encore que votre regard critique m’aura apporté plus de bonheur que de déceptions et de tristesse. Cependant, ces périodes où mes propos ont été utilisés, tordus, écartés de leur contexte où tout simplement repris dans des moments de vie qui m’étaient peu favorables sont devenus représentatifs de la toile que j’avais moi-même tissée et dont je n’étais ni maître ni prédateur.

Je n’ai plus envie autant qu’avant, l’âge doit aider, de me justifier et de soumettre à votre jugement certains beaux moments de ma vie, ou plus difficiles. Ce faisant, je me suis privé avec les années de les partager plutôt avec des humains de chaire, avec qui je pourrais construire et faire grandir ma vie par le partage direct et intime avec eux de mes émotions et pensées sur ma vie et celle plus générale.

Je n’ai plus envie de m’exposer de cette façon, de vous partager ces choses qui demeureront toujours lues en diagonale, dans le flot incessant des stimulations web. Je sais que certains d’entre-vous ont été attentifs, participatifs, mais j’ai maintenant besoin de me vivre loin de ces regards. De refermer le journal personnel. De le laisser dans le tiroir, à la maison, là où il sera trouvé par l’être aimé, par mon fils un jour, par ma famille, qui sait, avec les autres journaux des autres années.

Ceux que j’aime méritent cette intimité

Je referme la porte pour que ma chambre puisse un jour devenir notre chambre, à moi et cette autre, loin de ce qui peut paraître aux yeux de certains comme un départ ou un retrait. Ce n’est ni l’un ni l’autre, tout au plus un changement éditorial, un respect surtout que je choisis maintenant de m’offrir et à ceux qui joindront ma vie.

Le web que je vois n’est plus celui que j’ai souhaité au début de mon aventure de blogueur. Je continuerai autrement sur Medium par exemple, mais dans la marre des articles des autres, avec un respect jaloux de la vie privée de ceux que j’aime plus que tout, plus qu’écrire ici, notamment.

Je vous remercie tout plein de la belle aventure que nous aurons eue ici, je ne sais pas si c’est une révérence sur les billets, complètement, ou tout simplement sur le privé, mais chose certaine, c’est une révérence tirée.