Storytelling de St-Valentin : Ma définition de l’amour

Dessin de Jane Birkin

– Bonne St-Valentin, que je lui dis en m’apprêtant à quitter sa banquette arrière.

– Bonne St-Valentin mon coco ! pour réponse.

Longs rires, regards gênés, puis clins d’oeil complices. On s’est compris. Qu’est-ce qu’on en a à cirer de cette fête. Même pas mal la solitude.

– Je vous attends ! ont été ses mots. L’a laissé la voiture rouler. M’a regardé entrer dans le dépanneur, riant tous les deux encore.

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J’aime l’amour. Suis en amour avec l’amour. Suis en amour qu’on m’aime. C’est long vous savez réaliser tout ça. C’est exigeant apprendre à différencier aimer l’autre pour ce qu’il est et aimer être aimé. C’est tellement plein de choses qui peuvent faire chaud en dedans. Se faire dire qu’on est important en est une. Moi je peux même tomber en amour d’être considéré. Je suis une date facile. Facile à résoudre aussi dans le chemin même pas tortueux qui mène à mon sentiment « amoureux ». J’ai la ligne la plus courte entre deux points. Même pas de gros obstacles. Je veux être important pour quelqu’un. Ça c’est le point d’arrivée. Ça peut donner pas mal de points de départs.

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Hier j’écoutais le très beau film «Loin d’elle». C’est un très très grand film. Un film important. L’histoire de 44 ans de vie commune, de la dame qui est atteinte d’Alzheimer, de son mari qui doit la placer, de cette dame, une intellectuelle aussi, donc, qui lui dit quelque chose comme ceci, dans un moment de très douce lucidité :

« Les gens sont trop exigeants. Ils voudraient être amoureux tout-le-temps. C’est très lourd ça!»

Une Beauvoirienne n’est-ce-pas?

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Chaque fois qu’on me demande de donner ma définition de l’amour, je m’attire un sérieux nombre de bosses et de rejets. Je vous la donne quand même :

« Aimer quelqu’un, c’est vivre avec cette personne davantage de moments qui nous sont heureux, que d’événements qui nous sont malheureux, selon notre propre évaluation. C’est aussi considérer qu’il est plus utile, dans un nombre de moments qui nous conviennent, d’être avec elle que sans elle.»

Vous venez d’avoir en mille mon romantisme. Stoïque ? You bet!

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«Vous faites quoi de votre St-Valentin monsieur Comeau ?» de me demander la caissière. Elle vient d’avoir 20 ans, rousse comme le feu de milieu de flammes, les joues pleines de pointillés de rousseurs et de questions. On a pas le droit d’être stoïque et de décevoir les enfants. C’est le moment pour les menteries blanches, les mots bleus.

–  J’achète ce très beau coeur de chocolat enveloppé tout rouge là, mademoiselle. Et je vais le donner ! Avec plein d’amour et une belle chanson. Et vous mademoiselle ?

–  Nous on fait rien! Ça coûte moins cher ! qu’elle me répond, le sourire jusqu’aux oreilles même pas rouges de le dire.

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La voiture m’attendait encore. On est revenu à la maison. C’est la voiture du début de ce billet, bande d’amnésiques ! On revient à la maison, riant d’aussi bon coeur qu’au premier paragraphe. Je donne le coco rouge à mon ami. On se marre encore tellement plus. Il me regarde sortir, la bouille un peu triste cette fois.

– Bonne St-Valentin ! qu’il me dit.

– Toi aussi buddy! T’inquiètes, la solitude et les menteries blanches, même pas peur.


Mes deux chansons valentines…