On est tous Charlie? non. Je suis aussi auto-censure, un pissou.

Je suis Charlie, image de garçon effrayé

J’ai pas osé changer ma photo de profil pour celle de « Je suis Charlie». J’ai pourtant acheté ce numéro spécial de Charlie Hebdo « La vie de Mahomet». Mais j’ai pas le courage de ces caricaturistes que l’on a vachement assassinés. Moi je lis chez-moi, je m’offense quelques fois, je ferme ma gueule souvent. J’ai pas pu faire croire sans rougir, alors j’ai choisi de garder ma photo de moi, pissou, qui s’auto-censure si souvent.

Parce que c’est vraiment de courage dont il est question ici. Escorté par des policiers depuis des années, vivre sous la menace réelle de mourir à faire rire, savoir qu’il y a aucun océan pour vous séparer des sauvageries sans civilité aucune de vos objecteurs, c’est quand même une sacré paire de couilles. Je les ai pas ces couilles. Moi j’ai de l’anxiété, j’en fais même à la seule idée de vous avouer que j’en souffre. Voyez un peu le topo?

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Il faut reculer loin, très loin pour trouver pareil courage chez-nous. RBO (avec leur parodie de Jésus-Christ), Les Cyniques, CROC, puis… Puis rien. Élevés bien élevés comme on est, à pas faire de chicane, à « pas parler de religion, de sexe et de politique », on est comme un peu stone dans l’intelligence au retour des fêtes, au Québec. C’était le bon temps pour nous surprendre dans nos valeurs, mais c’est pas chez-nous, c’est plus loin. On est comme juste « un peu fachés»… comme je l’écrivais ici.

C’est Garnotte qui disait ce matin, indigné autant qu’en colère, à quel point c’était « aller au bat» que de faire ce qu’ils faisaient, et demandait avec beaucoup de peine et de déception dans la voix « ce que risquaient» les Marc André Masson, Martine Defoy, animateurs et journalistes à RDI Matin, mais aussi les Martin Comeau de ce monde, et les vous autres qui me lisez, et qui sentent comme moi Pissou.

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Je peux pas mettre légitimement que Je suis Charlie. Je ne suis pas acteur de changement, je suis public. Je suis de ceux qui lisent, pas de ceux qui dessinent le changement. Je suis pas de cette trempe de Charlie. Je ferme souvent ma gueule au lieu de m’asseoir, avec un groupe de gens déterminés, et faire le choix d’affirmer, debout, avec conviction, ce que j’ai envie de défendre avec toute la ferveur dont je pourrais être capable.

Charb disait que c’était plus simple pour lui de préférer mourir debout, plutôt que vivre à genoux, parce que sans femme et enfant, mais… au fond, est-ce vraiment plus simple. À se la fermer, on s’assure la sécurité de nos enfants? Vraiment? Vaut-il mieux des orphelins de parents courageux ou un enfants de pissou?


 

Source de l’image : ArmyAmber, Pixabay