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Pourquoi encombres-tu le monde ?

C’est Épitecte qui a posé cette formidable question : Pourquoi encombres-tu le mondePlus je vieillis, plus il m’arrive de me demander si, au moment de fermer définitivement les yeux, je pourrai le faire avec fierté. Si je partirai convaincu que mon passage sur terre, auprès d’autres êtres humains, aura valu la peine pour la planète et ceux qui auront croisé ma route. Si mes enfants pourront acquiescer au caractère bienveillant de mon passage ici. Si l’idée ne m’obsède plus autant que ces dernières années, elle est cependant la toile de fond sur laquelle je peins désormais ma vie. Aurai-je le temps de me reprendre.

Aurai-je été un facilitateur de la vie des autres ?

Évidemment, si on s’observe du point de vue de soi-même, de la satisfaction de ses propres désirs, la question ne se pose pas vraiment. Dès cependant qu’on se demande si, pour les autres, on aura mieux valu d’être au lieu de non être, c’est tout à fait différent.

Je connais une infinité de gens qui ne se posent pas la question. Quand elle leur effleure l’esprit, ils la repoussent à coups de dénis, de rationalisations bêtes et de psycho-pop. Je viens d’une famille où la rationalisation règne en roi et reine. On y excuse tout un tas de trucs pas roses.On le fait sytématiquement pour ne pas souffrir l’examen de conscience. Pour ne pas avoir à souffrir d’actes dont on serait responsables.

De l’empreinte écologique à l’empreinte sociologique et psychologique

Admettre que j’ai parasité des moments de vie chez un certain nombre de personnes est difficile à dire. Prendre pleinement conscience (le fait-on jamais complètement ?) que j’ai utilisé à mes fins de satisfaction personnelle des situations, des individus, pour ma soif, mes soifs, mes désirs personnels, est un acte responsable mais confrontant.

Qui parle de l’empreinte sociologique, l’empreinte psychologique ? La conséquence de mes actions, durant mon passage dans la vie des autres, et qui marque d’une quelconque façon, plus ou moins durablement, le cours de leur existence. À l’heure où il fait bon calculer son empreinte écologique, dans l’économie et l’écologie affectives des autres êtres humains, qu’est-ce que j’aurai représenté ? Sur qui et quels coeurs aurai-je pilés ?

Quand la rationalisation et le déni ne fonctionnent pas

J’ai consulté (et je le fais encore) de nombreuses années. Je l’ai fait parce que la mare de livre que me laissaient des amis-es, de la famille, n’arrivait pas, à force de psycho-pop et de pensées positives, à me guérir. Accuser les autres, les vies antérieures, se dire “reviens-en” et “tourne la page” ne fonctionnait juste pas. Une intelligence émotionnelle et la pédagogie de la bienveillance bouddhiste venaient me rechercher au détour, pour me rappeler que j’avais causé des peines et des douleurs réelles, profondes et dommageables. La “thérapette populaire” de pardons automatisés n’a jamais su appaiser ma conscience.

Quand la rationalisation et le déni ne fonctionnent pas, c’est un signe de santé émotionnelle et psychologique. Un signe de croissance aussi. Un signe de responsabilisation mature. On s’assume. On se regarde sans lunettes déformantes pour prendre la pleine mesure de ses dégâts sur les autres êtres humains. On est habité, alors, par le désir de réparer, de faire enfin mieux, de ne plus faire de cette façon. De reconnaître cette réalité dans toute sa mesure, et de ne plus jamais avoir envie de s’entourer de gens qui souhaitent évacuer lâchement leurs responsabilités.

La quête à l’anihilation de l’ego

L’ego est fort. Tiens ! Pendant que j’écris ce billet, il voudrait expliquer pourquoi j’ai posé tel ou tel geste. Pourquoi j’ai dit tel ou tel mot. Il voudrait se justifier. L’ego n’est préoccupé que par lui-même. Il ne cherche qu’à sortir gagnant des situations où son image est confrontée. Il s’est manifesté au moins une vingtaine de fois durant les 600 mots que j’ai d’écrits jusqu’à maintenant. Il veut même prendre le contrôle de la conclusion, de la chute de ce billet, il veut me convaincre que je n’ai pas encombré le monde.

Or, sans une lutte sévère à l’ego, celui que je me suis construit, pour sauver les meubles de la sacro-sainte image de mon moi dans mon esprit fermé, il sera impossible de contribuer adéquatement à la vie des autres qui m’entourent. Impossible de réparer mes torts. Impossible d’apaiser les morsures de la conscience. Ce n’est pas de cette façon que je veux quitter cette vie que j’adore. De ça je suis responsable.

Bidouilleux techno depuis l’âge où ses frères lui donnaient juste ce qu’il faut de chocs électriques avec des kits Radio-Shack trafiqués, il s’adonne à la programmation dès l’âge de 9 ans. Humaniste, bouddhiste et geek non pratiquant, religieux du logiciel libre et du télétravail, allergique aux paravents, il a le drôle d’idéal de faire tout ce qu’il peut gratuitement, ce qui occasionnera une certaine forme de pauvreté, mais pas du tout en curiosité. Sa phrase préférée : « Ça doit pouvoir se faire ! » On doit souvent lui indiquer où ne pas aller sur un serveur et lui rappeler ce qu’il fait de mieux, lire des magazines, des bouquins de philosophie, de géopolitique et de vieux classiques.

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