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Et si la vision économique de Québec solidaire était réaliste ?

Il s’élève de plus en plus de voix réputées et sérieuses qui, partout dans le monde, proposent des solutions économiques comparables à celles de Québec Solidaire pour augmenter les revenus de l’état et réduire les inégalités. Toute personne de bonne foi, le moindrement objective en matière de finances publiques, doit pouvoir admettre que cette fois, la vision économique de Québec Solidaire serait compatible avec la bonne marche d’un gouvernement, sa stabilité économique et sa capacité de maintenir les services d’état, voire donc aussi de réaliser ses promesses.

Quand les libéraux et caquistes se permettent de prédire un taux de croissance

Peu de voix ont souligné que la boule de cristal des libéraux sur la croissance économique était en contradiction avec les inquiétudes d’une mini récession qu’entrevoient plusieurs économistes dans les années à venir. Libéraux et caquistes ont gonflé les chiffres de leur colonne de revenus en supposant un taux de croissance plus élevé que prévu dans l’état des finances publiques validé par la vérificatrice générale du Québec avant les élections.  Une hausse de 0,2% le faisant passer de 2,1% à 2,3%.

Le PLQ mise désormais sur une croissance du PIB réel de 1,8 % en 2019, 1,6 % en 2020, 1,4 % en 2021 et 1,4 % en 2022. C’est 0,1 point de plus que les prévisions prévues pour ces années en juin dernier.

Source : Le Devoir – Le PLQ tire ses prévisions de croissance vers le haut

Habitué-e-s que nous sommes à une économie libérale, nous en sommes venu-e-s à hésiter à remettre en question le capitalisme libre voire sauvage dont la conduite moribonde mène, de façon cyclique, à des crises économiques dont les ravages sur les moins nantis sont oubliés aussi vite que les sources du déséquilibre entre les classes.

Des taux de croissance économique aussi élevés ne font que creuser les inégalités. La capitalisation, la croissance des revenus des plus riches, est toujours plus élevée, depuis des décennies, que la croissance du PIB. Dans cette économie capitaliste où taxer davantage la richesse est un péché à ne pas commettre, on oublie qu’il y a une autre façon d’imposer le revenu. Québec Solidaire souhaite une imposition progressive à 10 niveaux, changeant ainsi le taux d’imposition à 4 niveaux qu’est le modèle actuel suivant :

Source : Revenu Québec

« Ce que propose Québec solidaire, c’est de rendre la fiscalité plus progressive. C’est la proposition qui est la plus crédible », note M. Delorme.

Source : Le Devoir – François Delorme, professeur au Département de sciences économiques de l’Université de Sherbrooke

(…)depuis trente ans, on voit que le taux de croissance, aux Etats-Unis comme en Europe, est beaucoup plus faible (entre 1 et 1,5% par an), proche des niveaux atteints au XIX e siècle. A l’inverse, le rendement du capital est, lui, remonté autour de 4 ou 5%. On est donc revenu à une situation que l’on croyait dépassée, où c’est le patrimoine qui fait la différence et non les revenus.
Pour corriger cette tendance, Piketty propose l’intervention de la puissance publique à travers la création d’un impôt progressif et mondial (européen dans un premier temps) sur le capital.

Source : Thomas Piketty – Auteur du Capital au 21e siècle

Veut-on encore de cette croissance effrénée ?

L’obsession du taux de croissance et de le vouloir constamment poussé vers le haut a ses impacts non seulement sur les marchés, mais d’abord et avant tout à échelle humaine, puis environnementale. Une pression sur les ressources, sur ceux qui produisent avec ses ressources et finalement sur la consommation.

Plusieurs économistes se demandent si cette obsession est heureuse. On trouve de plus en plus de propositions vers un taux de croissance qui pourrait être tout à fait acceptable, dans la zone de 0,8%, en se préoccupant davantage des individus et des ressources planétaires.

Pénurie de main-d’oeuvre

Alors que le gouvernement Couillard parlait de faire de la question de l’urne l’immigration, la position d’ouverture de Québec Solidaire à l’immigration ne peut que satisfaire les entreprises en besoin de main-d’oeuvre. Si le gouvernement actuel en fait un enjeu économique aussi important, force est d’admettre que le réalisme des solidaires en matière d’immigration soulage la pression sur les besoins des régions pour des travailleuses et travailleurs.

La marge de manoeuvre de Québec Solidaire en économie et finances publiques

Il est temps de ramener la pensée critique dans le discours économique. Relancer l’économie, en mettant plus d’argent dans les poches des citoyens par des baisses d’impôts n’est pas le seul modèle pour stimuler la consommation. Il y a plus d’une façon de redonner des dollars à dépenser à la population.

L’assurance médicament de Québec Solidaire soulagera le portefeuille de plusieurs québécois-es tout autant que la gratuité scolaire le fera pour des jeunes, mais aussi leurs parents. On peut baisser les impôts ou faire économiser sur les services. L’un et l’autre libèrent des sommes que les citoyens pourront réinjecter dans l’économie.

Si la lutte à l’évasion fiscale de Québec Solidaire et ses espoirs de mieux gérer les travaux publics sont moins facilement chiffrables en possibles de revenus, un gouvernement Solidaire aurait une marge de manoeuvre enviable sur plusieurs aspects où ils ont boudé leur plaisir (et c’est bien et prudent ainsi).

Récupération de points d’impôts

L’une des graves erreurs commises par le gouvernement du Québec a toujours été de ne pas récupérer la taxation (et les champs de taxation) laissés libres par le gouvernement du Canada. Quand le fédéral abandonne un point de taxe (exemple la baisse de la TPS), il aurait été impératif et souhaitable que Québec reprenne ce point en haussant la TVQ en 2008.

Il s’agit ici ni de hausse ni de baisse. Il s’agit de reprendre un pouvoir de taxation laissé libre pour pouvoir mieux ensuite assurer les services. La récupération de points d’impôt est probablement l’un des plus grands signes de lucidité du programme économique de Québec Solidaire.

Accuser Québec Solidaire de voir grand, oui ! d’utopie ? Non.

La gestion économique actuelle et le capitalisme tel qu’il est conduit n’a pu prévenir jusqu’à maintenant les crises dans lesquelles il a plongé la planète. La garantie qu’offre ce système est des élections où l’environnement et la qualité de vie des individus de toutes les classes de la société ne sont jamais les réelles préoccupations.

À propos de la hausse de la dette, plus élevée certes puisqu’on choisi chez Québec Solidaire de s’occuper de l’environnement et que réparer nos dégâts collectifs a un prix, j’invite à la lecture de Jacques Parizeau et de deux opinions sur la dette émises par Monsieur.

Ça m’énerve depuis longtemps. C’est une énorme supercherie. Le gouvernement du Québec est le seul au Canada à présenter sa dette à l’état brut, sans en déduire les actifs dont il dispose. C’est comme quelqu’un qui présente son bilan personnel et qui montre son hypothèque sans tenir compte de la valeur de la maison. Personne n’utilise sa dette brute, c’est idiot pour un individu et pour un gouvernement. […]

Jacques Parizeau – L’actualité : Parizeau et la dette

Mais si vous utilisez comme expression de la dette la même qu’au fédéral ou qu’en Ontario, par exemple, vous utilisez la dette des déficits cumulés. Quelle est la différence? 200 milliards pour la dette brute, 120 pour le déficit cumulé. Alors, on dégonfle les chiffres.

Jacques Parizeau – RDI Économie – Les finances publiques du Québec ne doivent pas nous inquiéter.

C’est de voir grand que de faire du chantier environnemental son principal cheval de bataille et d’en faire les frais avec un programme financier qui appelle à contribuer ceux qui se sont enrichis à détruire la planète et en piller les ressources.

Si être responsable est utopiste, si protéger la planète pour les autres générations dès cette élection est un projet de rêveurs, j’en suis. Chose certaine, cette fois, ce cadre financier tient solidement la route.

Bidouilleux techno depuis l’âge où ses frères lui donnaient juste ce qu’il faut de chocs électriques avec des kits Radio-Shack trafiqués, il s’adonne à la programmation dès l’âge de 9 ans. Humaniste, bouddhiste et geek non pratiquant, religieux du logiciel libre et du télétravail, allergique aux paravents, il a le drôle d’idéal de faire tout ce qu’il peut gratuitement, ce qui occasionnera une certaine forme de pauvreté, mais pas du tout en curiosité. Sa phrase préférée : « Ça doit pouvoir se faire ! » On doit souvent lui indiquer où ne pas aller sur un serveur et lui rappeler ce qu’il fait de mieux, lire des magazines, des bouquins de philosophie, de géopolitique et de vieux classiques.

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