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BD érotique chez Dollorama : pas du kid cartoon!

C’aurait vraiment fait l’été de mes 11 ans de trouver une BD érotique au Dollorama. On serait en 1983. Mes seules images du corps féminin me viendraient du Larousse Illustré, à la sauvette. Y’aurait Radio-Québec aussi, au “8” pour les câblés. Dans mon enfance, c’est ma télé d’état de la Belle Province qui m’a fait voir tous les seins. Une vraie télé éducative. Même qu’elle éduquait trop parfois notre télé publique.  Elle nous l’a coupée souvent l’éducation radio-québécoise notre mère. Elle en a profité pour nous apprendre l’importance du respect de la femme, de l’égalité des sexes, des chances, des considérations.

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Un peu d’histoire dans ma vie de bédéphile qui ne lit pas de BD érotique

À la même époque, à onze ans, j’achetais des Pif Gadget¹. C’est un de ces Pifs, comme on les présente dans ces archives de tous les Pif Gadget, que j’ai acheté cette semaine-là, il y a 31 ans. Il y avait pas de poitrines dans mes magazines. Les personnages étaient des animaux. Ils se reproduisaient par magie, les bonhommes. Même pas dans les marges, mais pas derrière les cases, rien. Comme dans un Twilight Zone, un monde parallèle de la BD, c’est là que ça s’accouplent des Mickey Mouse et des Obélix. Puisqu’on en parle, j’ai oublié de vous confier…

Bédéphile érectile, certes il y eut² des femmes de papier

Sous les bulles il y eut bien sûr des courbes pour nous distraire de la rigueur des cadres. Tiens prenez madame Agecanonix, dont le décolleté et ses attributs défiaient la gravité,   Falbala que j’ai détestée pour sa superficialité, indifférente à l’amour d’Obélix, n’en ayant que pour la beauté plastique de son charmant.

Wonder Woman en 1982

Mes lectures d’Archie n’allant qu’à l’adolescence, les charmes de Cheryl Blossom me sont parvenus sur le tard. On avait les Batman, Spider-Man, mais pas la sulfureuse Wonder Woman au dépanneur du coin. Mais l’Écho des Savanes ça ne s’était pas rendu ici.

Cette Wonder Woman qui doit se battre en talons hauts et voler sans cape pour qu’on lui voit le derrière durant les combats. Est-ce aussi rétrograde qu’on le croit?

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Alors on est au Dollorama. Je fouille toujours un peu dans les livres. J’aime trouver des trucs pas chers mais qui valent vraiment le coup. Le mois dernier, j’ai mis la main sur l’Algèbre au Lit, un truc qui vous vulgarise les mathématiques comme le fait la collection Pour les Nuls. C’est aussi là que j’y prends mes carnets de croquis, des feutres, m’enfin, voyez le genre.

Me suis mis à penser que mon grand-père aurait pu me l’acheter par erreur cette BD érotique !

J’avais aussi remarqué “La Chimie au Lit”, des titres qu’il faut prendre au premier degré, il s’agit vraiment de vulgarisation scientifique. Alors ayant apprécié mon premier achat, je mets la main sur le second, puis je vois un ensemble de 5 albums de Marvel, ensaché, dont les couvertures recto-verso de l’emballage sont les suivantes :

Couverture de bd Marvel

Les incontournables Marvel, à 2$ pour 5. Big Fudgin Deal! que se dit votre humble serviteur. Spider-Man et tout et tout, c’est comme un peu un Pif Gadget, j’aime encore les cossins. Sans la moindre blague, je me retiens encore devant les sacs à surprise, c’est dire. Alors je ramasse le tout, le livre de Chimie au lit, des crayons feutres pour mon Journal Créatif (sorte de journal intime dont je vous reparlerai), et la cargaison de graines de tournesol pour tenir sans fumer.

Je reviens à la maison, déballe un peu le tout, et je me retrouve avec aussi ceci, dans le paquet de 5 bd. Imaginez un peu le scénario. Mettons que j’ai acheté le tout pour un kid que j’ai comme neveu de 10 ans disons et qui collectionne les BD, ou mettons pire encore que ses parents sont très, très pratiquants. Qu’ils voient que j’ai donné cet ensemble de BD érotique… Avec la prière des soeurs en froques… On reste parrain combien de temps vous croyez, pour notre bonne idée Dollorama? Le petit que j’étais à l’été de mes 11 ans? Je pense qu’il l’aurait mise sous le matelas.

 


¹ Pif Gadget est une revue qui comprenait un jouet de qualité mauditement ordinaire, fonctionnant 34 fois sur 70.

² Il a bel allure ce passé simple — dirait le frère Untel — que j’ai placé dans ce titre après une petite querelle de subjonctifs qu’Emilie a remportée.

Bidouilleux techno depuis l’âge où ses frères lui donnaient juste ce qu’il faut de chocs électriques avec des kits Radio-Shack trafiqués, il s’adonne à la programmation dès l’âge de 9 ans. Humaniste, bouddhiste et geek non pratiquant, religieux du logiciel libre et du télétravail, allergique aux paravents, il a le drôle d’idéal de faire tout ce qu’il peut gratuitement, ce qui occasionnera une certaine forme de pauvreté, mais pas du tout en curiosité. Sa phrase préférée : « Ça doit pouvoir se faire ! » On doit souvent lui indiquer où ne pas aller sur un serveur et lui rappeler ce qu’il fait de mieux, lire des magazines, des bouquins de philosophie, de géopolitique et de vieux classiques.

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