Le don d’amour dans la rue


À l’adolescence, le très beau film Love Moi m’avait particulièrement marqué par l’une de ses citations, et c’est celle-ci :

Si tu peux vraiment aimer, pourquoi ne le fais-tu pas ?

C’était un tag, gravé dans un pupitre. Je me suis longtemps demandé par la suite si j’avais ce potentiel d’amour, quelqu’il soit, mais surtout qu’elles étaient les barrières à en faire don, comme ça. Ma réflexion s’est étendue au don. Don de talent, dont d’un compliment, don d’amitié, de chaleur, de reconnaissance, de gratitude. En faire don sans rituel, en faire don sans jugement, en faire don surtout au-dela des frontières souvent naturelles dans lesquelles je me conforte : mes proches, ma famille, mon fils.

Pourquoi faut-il tant de frontières avant le simple don ?

Je ne parle pas ici du simple geste de charité que l’on devrait pouvoir poser envers ceux que l’on croise, démunis. Je parle du don de soi. C’est ce qui m’est venu en voyant un clip sublime que je vous partage à la fin de ce texte, où tout un orchestre symphonique se forme lentement, dans la rue, après qu’une petite fille mette quelques sous dans un chapeau. C’est stagé, mais en même temps, c’est la culture qui fait don de son expression accoustique avec chaleur, au milieu de nul part, sans contrainte, pour un public qui se forme lentement tout autour.

On a enfermé l’art comme on a enfermé les grandes conversations. On les a réservés depuis longtemps dans des forums bien encadrés, dans des institutions cloisonnées, des « Place des Arts », des « Maison de la Culture », des « Grande Bibliothèque Nationale ». Je peux comprendre l’empressement de s’approprier un lieu pour exprimer, dans la crainte qu’on peut avoir de se voir disparaitre dans la sphère publique. En même temps, dans une époque où les médias sociaux prennent tant de place pour remplacer les ponts naturels qui auraient pu apparaitre, on voit de plus en plus d’initiatives où le bonheur, les émotions touchantes et qui nous font vibrer, sont justement ces rencontres sans frontières, inusitées, improbables entre les êtres, leur bonté, et de parfaits étrangers.

Nous en sommes à réapprivoiser la chaleur humaine et le contact avec l’autre

L’essentiel de ces vidéos qui circulent sur le web et qui ont tant de succès propose la très simple mais miraculeuse recette de se rapprocher d’une ou d’un autre, pour poser un geste qui semble presque contre nature aujourd’hui : donner. Donner de l’aide, de la chaleur, de la compassion, briser les jugements, faire fondre les barrières, en bousculant les normes habituelles d’évitement, d’indifférence, d’oubli de l’autre.

Ce que j’aime particulièrement, c’est que nous en sommes à expérimenter les limites de notre propre façon d’entrer en relation avec autrui pour constater que le plus simple don d’amour, d’amitié, de chaleur et de compréhension fait fondamentalement un superbe miracle en soi, celui de se sentir meilleur comme être humain. Celui de découvrir aussi chez les autres une joie profonde et sincère qui est souvent inespérée, pour l’un comme pour l’autre. Nous en sommes, par le biais de certains créateurs et créatrices, certaines grandes âmes urbaines, à nous questionner sur notre mode d’opération relationnel, parce qu’il ne nous rapporte plus la si saine et importante joie réconfortante d’avoir choisi, pouvant vraiment aimer, de le faire.