C’est le printemps aujourd’hui et Ariane Krol le souligne avec un appel à l’indignation concernant le scandale du mois : Le détournement des renseignements privés des milions d’utilisateurs Facebook à des fins électorales pour élire Trump. Je vais vous confier une chose toute simple, c’est envers nous qu’il faudrait la tourner cette indignation, en tout premier lieu.

C’est bien nous qui ne lisons pas les termes et conditions, qui cochons les cases de consentement lors de notre inscription sur un site et un autre. C’est bien nous aussi qui prenons à la légère ce qui est pourtant écrit, de façon souvent floue j’en conviens, mais qui laisse justement assez de flous pour que nous soyons vigilants et vigilantes.

C’est nous aussi qui partageons des photographies, sachant très bien qu’elles pourront être téléchargées sur le disque dur des utilisateurs. C’est pas le voisin qui met des photos de vous en speedo à Cuba, en bikini à Punta Cana, enfin, vous voyez le genre. C’est nous qui les envoyons gracieusement et bêtement pour montrer le meilleur de soi.

Ces géants nous les avons construits, alimentés, nourris. Détail par détail, lentement mais sûrement, raffinant de plus en plus la précision et les indices qui peuvent maintenant permettre à Google, Facebook, Instagram, mais aussi tout un tas d’autres sites et applications dont on parle moins souvent et qui sont tout autant sinon plus délinquante. Les liens de connexion et d’inscription que j’accepte de faire en pesant rapidement sur le bouton “M’inscrire avec Facebook” ou “M’inscrire avec Google” sans lire davantage les termes et conditions, c’est moi qui le fait.

C’est notre paresse intellectuelle et notre crédulité qui nous pètent au visage

Pour les utilisateurs aujourd’hui, Internet, c’est Google et Facebook. À une certaine époque, aux débuts du web, on se partageait des découvertes d’adresses (URL) par message courriel, on achetait des revues qui présentaient des sites Internet, m’enfin, on “tapait” des URL dans la barre d’adresse de notre navigateur web.

Aujourd’hui, à cet époque où une vaste tranche de personnes ne savent pas qu’on peut taper autre chose que Google dans la barre d’adresse du navigateur, c’est inquiétant. C’est sans compter les gens qui croient que pour atteindre l’URL d’un site, on doit l’inscrire dans le champ de recherche de Google. C’est ainsi parce que bien souvent, sachant trop pas quoi en faire de la barre d’adresse, ils en ont masqué l’affichage. C’est pathétique, et c’est la faute de personne sauf celle qui se trouve entre la chaise et son clavier.

Je vous raconte même pas le nombre de gens qui cherchent sur Facebook votre site Internet quand vous leur avez dit en avoir un. Pour eux, Internet, c’est Facebook et Google. Cette construction mentale et la perception du web qui en découle, il est trop tard pour la déconstruire.

Facebook a obligé personne à mettre plus souvent à jour sa page perso sur ce géant des médias sociaux que notre propre site Internet personnel. Je ne compte plus les entreprises qui se suffisent et se contentent de mettre à jour leur page d’affaire  Facebook au détriment de leur site Internet corporatif. Le géant, on lui a donné l’importance qu’il a. C’est à nous maintenant de nous “normaliser”.

C’est pourquoi j’imagine qu’Ariane Krol aimerait tant que le gouvernement agisse à notre place, je la cite :

on ne peut pas laisser cette entreprise gérer des montagnes de renseignements personnels comme bon lui semble. L’heure n’est plus aux excuses ni aux promesses, les États doivent s’en mêler.

Elle s’en mêle déjà l’état. Edward Snowden a démontré comment d’ailleurs. Elle les consomme ces renseignements, s’en gavent, et agit avec d’autant plus de monstruosité que le font les agences comme Cambridge Analytica. En appeler aux gouvernements, c’est entrer un loup de plus dans la bergerie.