Je sais pas trop quand ça a commencé pour moi cette importance d’aimer et favoriser la mise en valeur de l’autre. Ce que je sais c’est que c’est quand je m’y suis absorbé que j’ai été le plus fondamentalement heureux. On parle ici en amour, évidemment, mais aussi professionnellement, familialement. J’ai depuis je ne sais dire quand éprouvé un sentiment profond d’accomplissement à mettre l’autre en valeur. Une forme de bonheur dans l’ombre.

Je vous parlais récemment des cinq langages de l’amour. Pour vous rappeler rapidement, il y aurait les mots doux, les cadeaux, le toucher (caresses…), les petites attentions et rendre service. Je vous racontais aussi combien j’avais fait tard cet apprentissage qu’on peut être aimé sans nécessairement que ce nous soit nommé comme on le souhaite. Alors je faisais un peu de pouce sur l’idée aujourd’hui, le nez dans la vaisselle.

Mais d’abord, avant, j’étais à plier des vêtements dans la salle de lavage. Copine lisait une histoire au petit, avant sa sieste. J’étais à me rendre compte que ce faisant, ma “corvée” était une façon de l’aimer et favoriser sa mise en valeur comme maman, un moment de qualité pour elle et son fils. Puis après avoir terminé, je suis allé faire la vaisselle, tandis qu’elle endormait fiston. Puis j’étais à nettoyer les comptoirs quand elle est venue m’annoncer qu’elle allait faire une sieste aussi.

J’ai éprouvé une grande joie. Une joie réelle et profonde. Ces quelques petites tâches, qui demandaient bien peu de temps, n’avaient aucune valeur si elles étaient prises pour ce qu’elles sont. Même que regardés bêtement, les travaux ménagers peuvent être franchement désagréables. Cependant, considérés comme des moyens de lui permettre de regarder son environnement et de se dire “Bon ! Je peux aller me reposer, c’est pas le -zoo-” alors ces quelques menues besognes sont une façon pour moi de lui dire “Je t’aime, je suis content de favoriser ce moment de détente, après ce moment de pur amour avec ton fils.” C’est alors que ces trucs à faire prennent un sens pour moi réellement heureux.

Choisir de ne pas faire un autre tour de piste

Quand j’ai rencontré copine, je lui ai mentionné que “mon tour de piste était fait”. Je le pense encore profondément. Je me suis élevé financièrement, professionnellement, on m’a aimé tendrement et follement dans ma vie, et j’ai eu des sensations d’émerveillement fabuleuses. J’ai eu la chance de créer avec des gens qui m’ont appris du fantastique, j’ai rencontré des génies, des grandes et grands que je me demande encore comment j’ai pu avoir autant de chance de les croiser. J’étais et je suis encore fondamentalement, à plus de 45 ans, convaincu que je dois laisser un peu de place, favoriser et mettre en valeur d’autres personnes, pour participer un peu, très humblement, à leur donner le temps pour vivre aussi ces très belles choses.

Je trouve énormément de bonheur à voir se déployer les gens qui m’entourent. Les voir se réaliser, en me disant que j’ai surtout tenté de ne pas nuire, est pour moi très nourrissant. Les gens ont leur propre valeur, leurs propres qualités et talents qui ne demandent qu’un espace et des conditions un tant soi peu favorables pour se démontrer. Je suis de plus en plus capable de voir en moi que c’est ce qui me satisfait le plus, contribuer à permettre des conditions de déploiement.

Pour arriver à vivre ce genre de joie authentique, il m’a fallut tasser l’ego. Le confronter et le remettre en question pour ce qu’il est, du vent, inutilement souffrant. Quand on comprend les motivations qui ont animées mon tour de piste, aussi égoïste que fallacieuses qu’elles étaient, on comprendra que je souhaite ne plus nuire en tournant dans mon cirque.

J’ai fini par comprendre que c’est ce dont j’aimerais qu’on se souvienne de moi

J’ai pas eu de crise de la quarantaine, Dieu merci ! C’est plutôt un truc qui me venait en tête et c’était de me demander, au moment où j’aurai quitté ce monde, de quoi j’aimerais bien qu’on se souvienne. J’ai réalisé qu’il s’agissait fondamentalement de quelqu’un qui a choisi de favoriser la mise en valeur des autres. Ce serait, si j’y arrive, une façon pour moi d’avoir semé quelque chose d’un peu éternel, qui pourrait s’appeler du développement durable. Et chez l’humain, ce devrait être aussi important que ce l’est quand on parle d’économie.